Zeugma

Les derniers jours de Zeugma est un documentaire sur l’ancienne cité fondée par Séleucos 1er aux alentours de 300 av. J.-C.

Située sur la route de la soie, elle fut donc un lieu de passage très important. Elle se trouvait sur la rive droite de l’Euphrate aujourd’hui à la frontière de la Turquie et de la Syrie.

Elle a été engloutie lors de la construction du barrage Birecik, mais des fouilles de sauvetage avaient été entreprises pour sauver les magnifiques mosaïques entre autres.

Éphèse (Eφεσος)

Un autre documentaire, cette fois-ci sur la cité d’Éphèse située sur la côte occidentale de la Turquie (Ionie à l’époque). Éphèse était reconnue, en particulier, pour le sanctuaire et surtout le temple d’Artémis, l’une des sept merveilles du monde antique. Aujourd’hui c’est l’image de la bibliothèque de Celsus que nous avons en tête.

IMG_8874

La façade remontée de la bibliothèque de Celsus.

La cité a été fondée au XIe siècle av. J.-C. par l’Ionien Androclos et est rapidement devenue, par son emplacement, une cité commerciale très importante. Au Ve siècle elle est une alliée d’Athènes. Le temple d’Artémis est brûlé en 356 par Érostrate. Le diadoque Lysimaque l’a reconstruit en 287 et lui donna le nom d’Arsinoé. Les Romains s’en emparaient en 130 et Saint Paul y prêcha en 57 ap. J.-C. La cité fût ruinée vers 263 par les Goths.

Myrrha et l’amour du père

Myrrha et l’amour du père

 

Arrivée à l’âge de se marier, Myrrha   décline tous les aspirants au mariage car elle est follement éprise de son père Cinyras. Consciente que cet amour est impossible, elle veut se donner la mort. Sauvée par sa nourrice, qui l’arrête dans son geste funèbre juste à temps, celle-ci réussira à lui faire avouer son désespoir et l’aidera à accomplir son fantasme. Leur plan réussira, mais éventuellement Cinyras découvrira qu’il a couché avec sa propre fille et entrera dans une colère terrible. Tout comme Byblis, c’est en prenant la fuite qu’elle échappera à sa colère. À bout de souffle, elle implorera les dieux de mettre fin à ses souffrances : non seulement épuisée, elle portait l’enfant de son propre père. Elle se métamorphosera en arbre sécrétant des gouttes de myrrhe. Une fois en arbre, elle donnera naissance à son fils, Adonis.

L’amour qu’elle porte à son père est exposé comme une folie d’origine infernale. Le mythe, raconté par Orphée, le précise bien : « Un tison du Styx à la main et hérissée de vipères gonflées de venin, t’empoisonna de son souffle une des trois sœurs infernales. »[1]. Elle livrera un combat, cette passion, dans un monologue brodé, comme Byblis l’a fait, de contradictions et démentis.  Myrrha ne comprend pas cet interdit qui frappe les humains alors que certains animaux et même les dieux ne souscrivent pas à ces lois. « (…) ; tout en pointant l’absurdité d’un tel interdit, elle est horrifiée à l’idée de l’enfreindre et cette contradiction alimente son attirance et sa répulsion vis-à-vis de ce qu’elle considère à la fois comme un crime et le bonheur suprême. »[2]. Un segment de son soliloque va dans le sens du respect de cette loi humaine et du déshonneur qu’il y aurait à la tromper : « Seras-tu à la fois rivale de ta mère et la maîtresse de ton père ? Porteras-tu le nom de sœur de ton fils et de mère de ton frère ? Ne redouteras-tu pas les sœurs à la chevelure de noirs serpents, que ceux dont le cœur est coupable voient agiter des torches menaçantes devant leurs yeux et leurs visages ? Non, puisque ton corps ne s’est pas encore prêté à l’acte impie, (…) »[3].

 

Myrrha se fait un devoir de se rappeler la division qui la tourmente : le désir irrésistible et l’interdit du geste. Déchirée par les mêmes craintes que Byblis, elle voudra résoudre son conflit de manière plus radicale : « La nuit était parvenue au milieu de sa course, et la détente du sommeil avait apporté l’apaisement aux soucis et aux corps. (…) Partagée entre la honte et le désir, elle ne trouve pas ce qu’elle doit faire. (…) Aucun moyen ne se présente à elle comme terme ou soulagement à son amour, si ce n’est la mort. La mort la séduit. »[4]. C’est au travers de la nuit et de la mort que le cadre du fantasme incestueux de Myrrha se situe. Ses songes deviennent une sorte de prison imaginaire, par conséquent, sans issue. Jamais elle ne dira de paroles directes à son père. Elle reste prisonnière de son ivresse, de sa folie. Toute l’histoire de Myrrha est marquée par cette anémie de la parole directe à la personne désirée, normal puisque l’inceste est interdit. « D’où le choix d’une mort qui n’a rien de cathartique mais répond, au contraire, à une vocation sacrificielle ; le mode d’exécution qu’elle choisit, comme beaucoup d’héroïnes de la littérature ancienne, est la pendaison, ultime offrande au père. »[5]. Lorsque sa nourrice la sauvera de la pendaison, c’est à elle qu’elle exprimera ses pensées incestueuses. Le nœud de la corde qui, symboliquement l’empêchait de parler, lorsque défait, la fait passer du mutisme au dévoilement de son secret.

 

La scène du dialogue avec sa nourrice devient alors le moment charnière de la tragédie : c’est par la référence à sa mère que l’inceste se joue. Myrrha veut tout simplement être à la place de celle-ci : « (…) ; à plusieurs reprises elle fait effort pour avouer, mais chaque fois elle retient les paroles sur ses lèvres ; enfin, pleine de honte, se cachant le visage de son vêtement : « heureuse ma mère, dit-elle, d’avoir un tel époux. » (…) Les membres glacés jusqu’aux os, la nourrice – car elle a compris – est prise d’un tremblement, (…) »[6]. Malgré l’effroi de la nourrice, c’est elle qui jouera le rôle de la mère idéale en organisant le subterfuge qui amènera Myrrha dans le lit de Cinyras : elle offre le père à sa fille.

 

Le rôle que « l’obscurité » joue dans le mythe est très important. On l’a vu, c’est dans ses rêves que Myrrha vit son fantasme. Lorsqu’elle aura la chance réelle de réaliser son fantasme, les ténèbres envahissent la scène du crime, l’acte incestueux reste voilé, tout comme les paroles étaient restées mi-dites. Lorsque le voile sera levé sur l’identité de la nouvelle maîtresse de Cinyras, c’est encore grâce à l’obscurité que Myrrha pourra s’enfuir : « Enfin Cinyras, curieux de connaître son amante après tant d’étreintes renouvelées, à la lueur d’un flambeau qu’il a fait apporter voit à la fois son crime et sa fille ; la douleur lui coupant la parole, il arrache du fourreau suspendu à portée de sa main une épée étincelante. Myrrha fuit, et grâce aux ténèbres, fut, à la faveur de l’obscurité de la nuit, soustraite à la mort. »[7].

 

Quand son errance l’amènera au bout de ses souffrances, c’est un nouveau discours qui s’installe en elle. Elle implore une métamorphose elle-même, celle-ci devant servir de soulagement et de châtiment. Les dieux la transforment donc en arbre à myrrhe, ses larmes se transformant en myrrhe. C’est sous sa forme d’arbre à myrrhe qu’elle donnera naissance à l’enfant incestueux : Adonis.

 

 Conclusion

 

Que peut-on conclure sur ces deux mythes incestueux d’Ovide ? Outre l’impossibilité d’une telle relation par les lois humaines, le mythe de Byblis nous offre plus d’options quant à son sens étiologique que celui de Myrrha. Dans sa version grecque, la métamorphose de Byblis pourrait évoquer le sacrifice requis lors de la création d’une terre nouvelle, un mythe de fondation. Si on en fait une interprétation plus ovidienne, la fontaine qu’on peut apercevoir en Lycie, et qui porte le nom de Byblis, peut être le résultat de la cause et l’effet d’un destin. Pour le mythe de Myrrha, il est plus difficile d’en dégager un sens étiologique autre que l’inceste versus les lois humaines. Cette folie amoureuse qu’elle a pour son père et qui finit par la transformer en arbre à myrrhe pourrait expliquer les vertus aphrodisiaques qu’on donne à la myrrhe. D’autres y voient le virage du paganisme à la pensée chrétienne. Pensée dont la loi du Père s’appliquent aux hommes et où l’on a « exacerbé le fantasme incestueux par la création et l’élaboration de l’image de la Vierge-Marie et de ses avatars christiques. »[8]. Personnellement, quoique intéressante comme théorie, je doute un peu du fondement de celle-ci. Sachant qu’Ovide débuta l’écriture des Métamorphoses en l’an 1 de notre ère et qu’il mourra en l’an 17, Jésus n’étant encore qu’un adolescent, il est difficile d’y voir un réel virage du paganisme vers le christianisme.


[1] Ovide, op cit., p. 262.

[2] Galvagno, op.cit., p. 74.

[3] Ovide, op.cit., p. 263.

[4] Ibid, p. 263-264.

[5] Galvagno, op.cit., p. 78.

[6] Ovide, op.cit., p. 265.

[7] Ibid, p. 267.

[8] Galvagno, op.cit., p.75.

Sagalassos, la suite…

Voici un autre documentaire sur Sagalassos.

L’archéologie, mais aussi les techniques de reconstruction/restauration sont mises de l’avant. Très intéressant.

http://www.mystere-tv.com/sagalassos-la-cite-oubliee-v1321.html

Je mets aussi un lien vers un petit article sur la découverte en 2007 d’une statue colossale d’Hadrien (empereur de 117 à 138) qui n’avait pas été découverte lors du tournage.

http://archive.archaeology.org/online/features/hadrian/